Installé à Londres et touché par la crise au Moyen-Orient, le chef Ottolenghi était à Paris pour fêter les 10 ans de son best-seller Jérusalem.
Difficile de ne pas connaître son nom. Depuis 2008, il a vendu 10 millions d'exemplaires de ses ouvrages. C'est en 2013 que l'Hexagone a vraiment fait la connaissance de Yotam Ottolenghi avec la publication de Jérusalem, son premier livre traduit en français, qui s'est écoulé à 120.000 exemplaires. Ce succès va bien au-delà des frontières françaises. Traduit en trente langues, Jérusalem est devenu un véritable phénomène, coécrit avec le chef palestinien Sami Tamimi. Plus qu'un simple recueil de recettes, il rend hommage à cette ville emblématique, à son histoire et à ses habitants.
L’émotion au cœur des saveurs
«Je suis bouleversé par la tragédie du 7 octobre et par la situation actuelle. Tant de vies innocentes ont été perdues. Il est vrai que parler de cuisine devrait être une célébration du vivre-ensemble, mais aujourd'hui, ce plaisir semble inaccessible.»
L’archéologie des recettes
«Avec Sami Tamimi, au début de notre travail sur Jérusalem, nous avons exploré des spécialités de la ville. À travers ces recherches, nous avons compris que la gastronomie pouvait abolir les frontières. Notre démarche s'apparente alors à une forme d'archéologie, mettant à jour les couches culturelles qui composent les recettes.»
Espoir à travers la diversité
«Jérusalem est un creuset culturel, avec des immigrants juifs des pays arabes qui ont apporté des recettes similaires à celles des Palestiniens. Cela prouve que nos cultures peuvent coexister et offrir un espoir, même si le moment pour parler d’espoir semble délicat.»
La puissance de la collaboration
Jérusalem témoigne de la possibilité pour un Israélien et un Palestinien de travailler ensemble. Sami et moi, devenus amis à Londres, avons constaté que notre partenariat n'aurait peut-être pas vu le jour si nous étions restés à Jérusalem. La cuisine n'est pas seulement une technique ; elle est un dialogue entre ceux qui la créent et ceux qui la savourent. Cette conversation est à la base de la création de l'Ottolenghi Test Kitchen, qui rassemble des chefs aux horizons variés. Ensemble, nous cherchons non seulement à explorer les saveurs, mais à construire une véritable identité culinaire.
Projets futurs et découvertes culinaires
Toujours en effervescence, je travaille sur mon onzième livre, dont la sortie est prévue pour 2024. À côté de mes sept restaurants à Londres, l'ouverture d'une adresse éphémère est également à l'ordre du jour. Lors de mes visites à Paris, même si je manque de temps pour explorer, j'ai récemment savouré un kebab mémorable dans le 10e arrondissement, tout en ayant hâte de revisiter mes plats préférés de la gastronomie française, comme la soupe à l'oignon, que j'ai adapté à ma façon.
Décidément, la cuisine est un langage universel, un patrimoine culturel à partager, et Yotam Ottolenghi en est l'un des plus brillants ambassadeurs.
Jérusalem, de Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi, édition anniversaire, Éditions Hachette Cuisine, 324 p., 40 €.







