Manger cinq portions de fruits et légumes par jour reste une recommandation de santé publique, mais de nouvelles analyses interrogent les bénéfices si ces aliments sont contaminés par des résidus de pesticides. Une recherche publiée dans Environment International et conduite par des équipes de l'université Harvard met en garde : l'exposition alimentaire aux résidus pourrait atténuer, voire annuler, l'effet protecteur attendu de ces aliments sur la mortalité.
Une étude majeure : pesticides et mortalité
Les chercheurs ont suivi près de 160 000 hommes et femmes américains pendant presque vingt ans, en classant les fruits et légumes selon leur charge en résidus de pesticides. Résultat principal : la consommation d'au moins quatre portions quotidiennes d'aliments à faible teneur en résidus était associée à une baisse de la mortalité toutes causes confondues de l'ordre de 36 % par rapport à une consommation inférieure à une portion par jour. En revanche, pour les produits classés à forte teneur en résidus, aucune diminution de mortalité liée à la consommation n'a été observée.
Les auteurs estiment même qu'échanger une portion à haute teneur en résidus contre une portion à faible teneur pourrait réduire la mortalité d'environ 11 % au sein d'une même population. L'étude ne prouve pas un lien de causalité absolu mais souligne une association forte qui mérite d'être prise en compte dans les politiques alimentaires et sanitaires.
Les fruits et légumes les plus contaminés en europe
Les ONG et les organismes de surveillance européens confirment une tendance préoccupante. PAN Europe, qui a analysé près de 97 000 échantillons de fruits frais entre 2011 et 2019, rapporte qu'environ 29 % des prélèvements contenaient des traces de pesticides. Parmi les produits les plus touchés figurent :
- fruits : mûres (≈51 % d'échantillons positifs), pêches (45 %), fraises (38 %), abricots (35 %) et cerises (35 %)
- légumes : contamination globale plus faible (≈13 %), mais des légumes comme le céleri, le céleri-rave et le chou kale apparaissent en tête des cas détectés
PAN Europe note aussi une hausse notable de certaines contaminations : par exemple, la proportion d'échantillons de cerises contenant des résidus est passée d'environ 22 % en 2011 à près de 50 % en 2019. Ces constats alimentent des campagnes comme « Ban Toxic12 » visant à bannir les molécules les plus dangereuses.
Du côté des agences officielles, les rapports annuels de surveillance de l'Union européenne (EFSA) indiquent que la majorité des échantillons restent conformes aux limites maximales définies, mais ils reconnaissent aussi la présence récurrente de substances préoccupantes et l'augmentation de certaines molécules détectées.
Comment limiter son exposition au quotidien
Plusieurs mesures pratiques permettent de réduire l'exposition aux résidus sans renoncer aux bienfaits des fruits et légumes :
- préférer les produits issus de l'agriculture biologique pour les aliments fréquemment contaminés (les teneurs en pesticides y sont généralement plus faibles) ;
- varier son alimentation et consommer des produits de saison et locaux pour diminuer la probabilité d'ingérer systématiquement les mêmes résidus ;
- laver soigneusement, éplucher lorsque c'est pertinent et cuire certains aliments : ces gestes réduisent souvent la charge en résidus, même si certains pesticides pénètrent les tissus.
Les consommateurs les plus sensibles — femmes enceintes, enfants et adolescents — pourront bénéficier particulièrement de ces précautions. Au-delà des choix individuels, les experts et ONG appellent les autorités à renforcer la réglementation et le contrôle des substances les plus toxiques, ainsi qu'à promouvoir des méthodes agricoles alternatives afin de réduire l'usage des pesticides de synthèse.
Sources : étude publiée dans Environment International (janvier 2022) ; rapport PAN Europe « Ban Toxic 12 » ; rapports de surveillance de l'EFSA et recommandations d'associations de consommateurs.







