Ode pour Naoto
Ode pour Naoto. Temps de lecture : 3 min 58 sec.
Avez-vous déjà réfléchi à ce qui se passe dans un restaurant presque vide ? La scène est étrange de l'extérieur, avec quelques clients dispersés. Les serveurs attendent patiemment, tandis que le chef, quant à lui, semble perdu dans ses pensées. Que faire de la dernière portion de poisson ? Comment gérer la situation financière ? Le dilemme de maintenir la qualité des plats face aux difficultés turbine dans son esprit. Comme l'expliquait Jacques Maximin, "Je regarde qui j'ai avec moi en cuisine. S'il n'y a personne, je fais petit ; si j'ai des pointures, je monte au filet."
Dernièrement, c’était la situation au restaurant Grannie, dirigé par Naoto Kitamura, situé à Paris (27, rue Pierre Leroux, 75007 Paris ; 01 47 34 94 14). Avec seulement deux tables occupées, un médecin du quartier m’a partagé une préoccupation : "Ce cuisinier japonais est un ancien élève de chefs réputés comme Jean Bardet. Sa cuisine, bien que traditionnelle, est innovante et sublimée par son savoir-faire en matière de saveurs. Malheureusement, il fait face à une expulsion en raison de revenus en dessous du seuil minimum légal. C'est tragique, car il n'a jamais demandé d'aide ni subvention, contribuant pourtant à l'économie locale."
Inspiré par cet appel, j’ai réservé ma table. En arrivant, l’ambiance du restaurant était désarmante. Décor simple, avec des tableaux aux murs et des tables rustiques, l’endroit ne se soucie guère de l'esthétique. L’ardoise du jour, succincte, proposait cinq entrées (risotto aux écrevisses, foie gras…), cinq plats (saumon d'Écosse au vin rouge, parmentier de jarret de veau aux herbes…) et cinq desserts. La carte des vins, bien que réduite, était tout aussi convaincante.
Au service, une jeune fille, pleine d’enthousiasme bien que novice, s’efforçait de nous accueillir chaleureusement. Et que dire des assiettes ? Authentiques et bien pensées, elles sont le reflet d'une gastronomie sincère : une côte de porc au gingembre, un magret de canard à la sauce teriyaki, le tout joliment présenté sans ostentation. Les desserts, comme le sorbet au citron et le mille-feuille aux fraises, étaient impeccables. L’addition, douce, ne dépassait pas 89 euros pour deux.
En quittant les lieux, le chef, un homme charismatique, plombé par les défis mais passionné par son art, se tenait là, rayonnant de simplicité. Si vous visitez Paris, n'hésitez pas à expérimenter la cuisine de Naoto Kitamura. Il mérite notre soutien, vivant pleinement de sa passion pour la gastronomie. Et si l’envie vous prend de le contacter, voici son adresse email : fsimon@lefigaro.fr, ligne directe : 01 57 08 55 19.







